The role of digital in scientific research

 

French interview of Morgan Rouprêt

June 2015

 

Rares sont les secteurs qui ne sont pas encore entrés dans l’ère du digital. Les domaines de la médecine et de la recherche scientifique en font pleinement partie. Deux enjeux se dégagent : d’un côté la robotique pilotée numériquement par le chirurgien, d’un autre la circulation de l’information sur internet entre les acteurs. Médecins, étudiants, patients, laboratoires, acteurs publics… La conversation est aujourd’hui rendue possible instantanément, n’importe où, grâce aux réseaux sociaux. Le Professeur Rouprêt, chirurgien en urologie à l’Hôpital Pitié-Salpétrière, est cofondateur du congrès UROP – Urology Robotic Oncology Paris – avec le Professeur De la Taille et le Docteur Vaessen. Personnalité influente sur Twitter, il est très bien placé pour évoquer la question du digital.

 

Selon vous, quels sont les enjeux des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter dans la recherche et le traitement du patient ? Qu’est-ce que cela change pour les médecins dans le cadre des congrès ?

Professeur Rouprêt : les réseaux sociaux sont un moyen évident de faire circuler l’information entre les gens. Dans le domaine scientifique, il faut avoir accès aux recherches des uns et des autres facilement. Twitter et Facebook sont donc naturellement des moyens de fédérer notre communauté. Dans le cadre d’un congrès comme UROP, ils vont permettre de relayer l’information scientifique plus largement. Mais pour les 200 privilégiés qui seront là pendant un jour et demi, l’information ne se limitera pas à 140 caractères ! (ndlr : nombre limite de caractères de messages sur twitter) Être présent sur place, par-delà la possibilité de se rencontrer, est une expérience extrêmement enrichissante. Lors d’une simple pause-café, nous pouvons nous échanger des trucs et astuces, partager nos expériences. Il faut savoir lire entre les lignes du programme, c’est un véritable brainstorming à une échelle très importante. En parallèle du monde virtuel qui se développe, les rencontres concrètes sont quelque chose de très important.

 

Pouvez-vous nous parler du congrès UROP, dont c’est la première édition au mois d’octobre prochain ?

UROP est un congrès ambitieux à l’échelle européenne, qui aura lieu à Paris. Nous souhaitions faire venir nos collègues dans un lieu qui soit attrayant, avec des équipes renommées. Les orateurs vont venir du monde entier mais plus particulièrement de l’Europe. Ce sont des personnes qui font partie de l’élite de la médecine autrichienne, italienne, belge ou encore espagnole qui vont nous rejoindre pour discuter des thématiques qui sont d’actualité dans le cancer du rein, de la prostate et de la vessie. La particularité est qu’en parallèle des conférences il y aura des sessions de chirurgie live. Ceci veut dire que les urologues vont avoir accès aux meilleurs chirurgiens qui seront filmés en direct depuis les blocs opératoires. Ils pourront leur poser des questions pendant l’intervention. Les patients sont bien évidemment prévenus par avance, cela ne change absolument rien à l’opération, hormis que 200 personnes vont y assister par la vidéo. C’est un congrès que nous avons souhaité réaliser à taille humaine, pour favoriser l’échange entre les chirurgiens. Il aura donc lieu pour la première fois les 8 et 9 octobre prochain.

 

Nous parlons actuellement d’opérations chirurgicales à distance, est-ce une réalité aujourd’hui ?

C’est technologiquement possible depuis plusieurs années, nous avons déjà vu une opération être réalisée entre Strasbourg et New-York par exemple. Cependant l’usage de la robotique réside plus dans la précision du geste que permet le robot, que dans la chirurgie à distance. En pratique, le chirurgien est à côté du patient et pilote le robot depuis une console pour retirer une tumeur au niveau de la vessie, des reins ou de la prostate. La précision du robot est supérieure à celle de la main humaine, c’est pour cette raison que la robotique représente une grande avancée dans notre domaine. Néanmoins, rester à proximité du patient permet de reprendre l’opération de manière traditionnelle si le chirurgien en ressent le besoin. Un autre aspect sur lequel il est possible de réfléchir est l’organisation du bloc. Nous pouvons aujourd’hui imaginer un seul chirurgien opérant plusieurs patients dans des blocs isolés, afin d’améliorer le volume de prise en charge des patients, et donc le temps de prise en charge qui est un facteur essentiel dans le traitement du cancer.

 

Le danger n’est-il pas de créer une médecine à 2 vitesses, avec de la robotique coûteuse que le secteur public ne pourra pas financer ? N’y a-t-il pas un problème d’éthique ?

La question se pose bien évidemment différemment selon les pays. Ce pourrait être le cas aux Etats-Unis mais pas en France. Les Français doivent être conscients qu’ils sont extrêmement bien pris en charge. Dans les Hôpitaux Publics comme ici à la Pitié Salpétrière, les Professeurs partagent leur temps entre les patients et l’enseignement universitaire, pour être à la fois près du patient et transmettre des connaissances de façon homogène. Si le coût d’un bloc est plus élevé avec la robotique, c’est aussi la possibilité d’avoir un service au patient de meilleure qualité, qui permet de traiter plus de patients efficacement. Il faut simplement accepter de se déplacer parfois de plus loin (>200km) pour avoir accès à un plateau technique de ce type, avant de revenir à son domicile. Pour de petites interventions, il est évident que le patient trouvera un service plus de près de chez lui, mais l’accès aux meilleurs plateaux techniques reste possible pour tout le monde. En France, il n’y a pas de problème d’éthique ou déontologie dans l’accès à la robotique.

 

Un dernier point sur lequel vous souhaiteriez insister ?

Oui, pour revenir au sujet principal, la notion de digital dans le domaine de la médecine ou de la recherche scientifique, est d’améliorer nos résultats au niveau du traitement des cancers et de limiter les séquelles. Pour nous, l’objectif est atteint quand la tumeur est enlevée et que l’organe conserve pleinement ses fonctions dans le corps humain. Le combat contre le cancer n’est pas gagné, alors il faut avancer avec tous les outils dont nous pouvons disposer et contre toute attente les réseaux sociaux en font partie.